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    La dernière pomme

     

    161 - l'avent - 18ème

     

     

    Vais-je tomber, ne pas tomber ?

    Se disait la dernière pomme.

    J'ai résisté aux vents d'automne,

    Aux pluies, aux premières gelées :

     

    -Il ne faut pas que j’abandonne

    Mon fidèle ami, le verdier.

    Vais-je tomber, ne pas tomber ?

    Il y va de mon cœur de pomme.

     

    Je suis d'or rouge et de miel jaune

    Comme une lune à son lever

    Et j'éclaire tout le pommier.

    Non, non, verdier, je me cramponne,

    J'attendrai l'hiver pour tomber.

     

    Maurice Carême

     

     

     


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    Le vieux rosier

     

     

     

    Quand pourrai-je me reposer ?

    Dit le rosier,

    J'ai tant de roses, tant de roses ...

    C'est en hiver qu'il se repose.

     

    Sait-il alors qu'il a porté

    Le poids léger du mois de mai

    Sait-il encor qu'une autre année

    En décembre il portait trois roses

     

    O vieux rosier, ce poids léger,

    Accepte-le comme un poète

    Qui, sous la blancheur de sa tête,

    Voit s'épanouir la beauté !

     

    Pierre Menanteau

     

     

     


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    La neige à travers la brume

     

    159 - l'avent - 16ème

     

     

    La neige à travers la brume
    Tombe et tapisse sans bruit
    Le chemin creux qui conduit
    A l'église où l'on allume
    Pour la messe de minuit.

    Londres sombre flambe et fume ;
    La chère qui s'y cuit
    Et la boisson qui s'ensuit !
    C'est Christmas et sa coutume
    De minuit jusqu'à minuit.

    Sur la plume et le bitume,
    Paris bruit et jouit.
    Ripaille et Plaisant déduit
    Sur le bitume et la plume
    S'exaspèrent dès minuit.

    Le malade en l'amertume
    De l'hospice où le poursuit
    Un espoir toujours détruit
    S'épouvante et se consume
    Dans le noir d'un long minuit...

    La cloche au son clair d'enclume
    Dans la cour fine qui luit,
    Loin du péché qui nous nuit,
    Nous appelle en grand costume
    A la messe de minuit.

     

    Paul Verlaine / Bonheur

     

     

     


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    Exorcisme

     

    158 - l'avent - 18ème

     

     

    L’enfant trouvé se donne la parole
    il veut exorciser le rêve
    où jamais l’on ne peut plonger
    dans l’eau vive de la rivière

    Il lui faut conjurer les ombres
    la nuit et tous ses ustensiles

    Les magasins mal éclairés
    sont des plus dangereux    le soir
    ils peuvent cracher leur pénombre
    sur le jeune passant distrait

     

    Pierre Etienne / Mémoire du silence

     

     

     


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    Le matin des étrennes

     

    157 - l'avent - 14ème

     

     

    Ah ! quel beau matin que ce matin des étrennes !
    Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes
    Dans quelque songe étrange où l'on voyait joujoux,
    Bonbons habillés d'or, étincelants bijoux,
    Tourbillonner, danser une danse sonore,
    Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !

    On s'éveillait matin, on se levait joyeux,
    La lèvre affriandée, en se frottant les yeux...
    On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
    Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
    Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
    Aux portes des parents, tout doucement toucher...
    On entrait !... Puis alors, les souhaits... en chemise,
    Les baisers répétés, et la gaîté permise !

     

    Arthur RIMBAUD

     

     

     

     


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